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« En direct de Tahrir » : témoignage et appel à rejoindre les manifestants

novembre 25, 2011
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Cher(e)s ami(e)s,

Je suis depuis 4 jours au milieu des tirs et des gaz innervants, à 5 minutes de la Place Tahrir. Depuis ma fenêtre, je peux voir le feu des armes et les cartouches de gaz et les motos qui ramènent les blessés hors de la bataille vers des hôpitaux de campagne, l’un après l’autre. .. heure après heure, jour et nuit…


Il y a des tirs et cet étrange gaz innervant tout le temps. Autour de 22h30 hier soir les shebabs ont été attaqués pendant une heure par 30 forces spéciales inconnues en uniformes noir, tirant avec différentes sortes de munitions. Pas de lumière dans les rues, la scène illuminée uniquement par le feu des armes, la faible lumière de la lune et une étrange lumière phosphorescente au bout de la rue menant au Ministère de l’Intérieur.

Au bout d’une heure, les shebabs ont reconquis la Place Bab El Louq rien qu’avec des pierres, une détermination et une solidarité indestructibles. Face aux tirs et aux attaques contre leurs corps nu, les shebabs criaient dans la nuit « hurriya » ( liberté) et « madaniya » (état civil)… non pas « islamiya » (islamique)… En parallèle, la Place Tahrir pleine d’un « millioniya » (une manifestation d’un million de gens) a été attaquée au moins deux fois pendant la nuit avec ce gaz innervant que tu ne peux ni voir ni sentir. J’ai vu de mes propres yeux comment des gens sont tombés d’un coup autour de moi. Pour ce que je comprends, ce n’est pas encore clair depuis où le gaz venait—depuis un avion, la climatisation du Métro sous la Place ou des toits des bâtiments environnants. C’est la guerre contre la population, c’est incroyable, c’est un crime. Moi-même je suis prise par le gaz, mentalement et dans mon corps quelque peu désorienté, mes voies respiratoires brûlent.  Je suis profondément choquée. Pour ceux qui ont besoin de comprendre : le shebab Égyptien ne va jamais abandonner,  personne d’entre nous ne va abandonner. Il s’agit de tenir à ce qui reste un être humain en nous ou peut-être redevenir un être humain.

Ci-dessous : une vidéo de la campagne égyptienne « Occupy », un appel à tout(e)s  les Égyptien(ne)s  et à tout(e)s ceux et celles qui comprennent qu’il ne s’agit pas uniquement de l’Egypte, qu’il s’agit d’une bataille de nous tous pour la liberté et pour un avenir à chacun dans un monde débarrassé de la logique de l’accumulation, du vol et de l’oppression qui l’accompagnent; un appel à rejoindre manifestations illimitées et « sit-in » devant les ambassades égyptiennes de par le monde à partir de 15h ce prochain vendredi dans votre pays. La vidéo est en arabe et en anglais, l’anglais à partir du milieu.

Essayez de suivre les informations sur les médias indépendants (facebook et les blogs) et Al-Jazeera, de préférence la version arabe pour ceux qui parlent l’arabe.

Aussi, pour ceux qui parlent l’arabe, ci-dessous le lien vers un des plus importants programmes à la télé depuis la révolution, la deuxième partie a été diffusée avant-hier. Le journaliste Youssri Foda y donne la parole à trois de nos camarades blessés, ainsi qu’au journaliste renommé Bilal Fadl. Le dentiste Ahmed Harara, le bloggeur et activiste Malek Mustapha et le photographe Ahmed Abdel Fattah du quotidien Egyptien Al-Masry Al-Youm ont tous perdus leurs yeux à cause des tirs délibérés à courte distance avec ce qu’on appelle des cartouches « ammo », un projectile avec entre 13 et 16 petites balles de tailles différentes, en plastique dur ou en métal. Tirées à courte distance elles peuvent être mortelles, et si les yeux sont ciblés, les yeux sont détruits.

Ahmed Harara a perdu son œil droit pendant la première révolution le 28 janvier 2011, et il y a 4 jours il a perdu son œil gauche. Il va être aveugle à jamais mais il est revenu Place Tahrir, juste après son intervention à l’hôpital. Dans le programme télé vous allez voir le jeune officier qui a tiré la balle et vous allez entendre la voix d’un tireur officier qui se vante à son supérieur d’avoir réussi à toucher l’autre oeil… c’est une campagne préméditée… cibler les yeux des activistes. Mais la réponse est de revenir à Tahrir, la Place de la libération, parce qu’un œil blessé, c’ est mieux qu’un œil vaincu, comme dit Ahmed Harara dans le programme.

Ils ne sont pas aveugles, et ils mettent chacun devant la nécessité de prendre position. Plus de mensonge, plus d’évasion. Ceci est exprimé très crûment par le journaliste Bilal Fadl dans le programme, qui restitue aussi dans leur contexte concis les événements du mois passé qui ont entraîné cette deuxième révolution Égyptienne.

1e Partie avec Ahmed Harrara et Bilal Fadl

2e Partie avec Malek Mustapha et Ahmed Abdel Fattah

Salutations chaleureuses à vous tout(e)s,
un témoin du Caire,
23/11/2011

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