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Ramy Essam, manifestant-chanteur de la place Tahrir – Prix international 2011 Freemuse (Musique en liberté)

novembre 22, 2011

Ramy Essam

Alors que la bataille pour le contrôle de la place Tahrir, au Caire, continue de faire rage entre les partisans de la révolution égyptienne du 25 janvier et la police (plus de 33 morts et 2000 blessés le week-end des 19 – 20 novembre 2011), le manifestant-chanteur Ramy Essam reçoit lundi 21 novembre à Stockholm (Suède) le prix international Freemuse 2011, qui récompense chaque année un acteur majeur de la liberté par et pour la musique. Ramy, rendu célèbre par son chant « Arhal (Dégage) Hosni Moubarak », en février dernier, a continué, malgré la torture par la police militaire et les évacuations de Tahrir par la force brutale, à se battre et à chanter contre le pouvoir militaire et pour un état civil (madaniya). Un objectif plus que jamais d’actualité…

Fin janvier 2011, Ramy Essam a débarqué place Tahrir avec sa guitare sèche. Ce jeune homme, étudiant en ingénierie civile né en 1987 à Mansoura dans le delta, avait décidé de rejoindre l’épicentre de la révolution du 25 janvier après avoir vu la police battre en retrait dans sa ville natale où il avait commencé à manifester. Jusque-là, il jouait avec son groupe local appelé « Machakel » (Problèmes) de petits morceaux sur les soucis quotidiens, sans jamais s’imaginer qu’un jour il accèderait à la notoriété nationale, puis mondiale. Au point d’être honoré du titre de «chanteur de la révolution », comme autrefois le grand Abdelhalim Hafez (lire « les révolutions arabes en chantant »). « Je n’ai fait que mettre en chansons les slogans des occupants de Tahrir », répète-t-il, modeste. Soit. Mais ses prestations sur la scène permanente installée sur la place pour entretenir et amplifier la mobilisation ont contribué à créer un événement historique qui a ringardisé Woodstock. Et ce n’est pas un hasard si le magazine Time Out de Londres a catapulté la chanson « Arhal »(Dégage)  au troisième rang des chansons qui ont « changé l’histoire », derrière « Fight the power » de Public Ennemy mais devant « Imagine » de John Lennon ! cf.

Le 21 novembre 2011 le prix international Freemuse lui est remis à Stockholm en Suède. Ce prix, décerné par une ONG scandinave lancée en 2000, est dédié à la liberté d’expression par la musique et la protection des artistes engagés. Sa directrice, Marie Korpe, place Ramy Essam dans la lignée de « la longue tradition des protest-songs et de ces musiciens qui, à l’aide d’un simple instrument, peuvent changer la donne ».

« Nous voulons une seule chose, « Madaniya », un Etat civil ».

Fier de voir à travers lui l’Egypte ainsi réintégrée dans le concert des nations qui font l’histoire, Ramy Essam n’est cependant pas du genre à se reposer sur ses lauriers ni à se complaire dans des rengaines désormais célèbres. S’il prépare depuis quelque temps un album intitulé « Midan », la Place, il développe son répertoire au rythme heurté de la révolution en cours. Le 11 février déjà, Ramy avait prévu de reprendre « Arhal » sur la scène centrale de Tahrir. Mais, à l’annonce de la démission de Moubarak, il a dû improviser : « j’ai aussitôt remplacé le mot d’ordre « Arhal » par celui de « Madaniya », raconte-t-il. « Madaniya », c’est-à-dire un « Etat civil ». Il dénote ainsi un réel don pour aller à l’essentiel, dans un mouvement protestataire aux composantes multiples où les revendications sont si nombreuses que souvent on s’y perd. Ramy les ramène à « haga wahda », une seule chose, simple. Le slogan « Madaniya » résume à lui seul le nouvel objectif majeur de la révolution : la remise du pouvoir aux civils. Or, le Conseil militaire s’y accroche. Quitte à employer la manière forte et à renouer avec les pires pratiques du régime Moubarak.

Le manifestant-chanteur fait partie de ceux qui ont refusé l’injonction de rentrer chez eux. Il est revenu sur la place pour continuer l’occupation sous des tentes de fortune. Le 9 mars 2011, l’armée et une nuée de « baltaguis », ces hommes de main du système policier réputés pour leur brutalité, chargent le campement pour déloger ses occupants. Des femmes, accusées de « coucher », subiront d’odieux tests de virginité. Parmi les interpellés, Ramy Essam subira quant à lui un traitement fait d’humiliations et de torture par la police militaire dans les locaux du Musée du Caire : aux coups de ceinturon et des électrochocs, ses tortionnaires ajoutent des gestes de dégradation humaine, allant jusqu’à lui arracher ses cheveux longs avec des tessons de bouteille. Finalement libéré, il sera hospitalisé une quinzaine de jours.

Il revient sur la place, plus déterminé que jamais. Avec de nouveaux textes, d’abord marqués par une certaine dérision sarcastique : « Taty taty, baisses la tête, tu vis dans un pays démocratique » persifle-t-il.  Mais avec les nouveaux rassemblements géants place Tahrir qui ponctuent la remobilisation le 27 mai, le 8 juillet, le 9 septembre, le 28 octobre… le manifestant-chanteur renoue avec l’énergie entraînante du début. « Al Chaab yourid asquat al nitham. Yaskout, Yaskout hokm al askari ». « Le peuple veut la chute du régime. A bas, à bas le pouvoir militaire », entonne-t-il avec une foule qui reprend en choeur, enthousiaste.

S’il s’engage résolument contre l’impasse politique que représente la main-mise du Conseil militaire sur le pouvoir, Ramy Essam reste aussi attaché aux revendications simples du quotidien : Le pain, la liberté et la justice sociale. Il les reprend dans une nouvelle chanson à l’optimisme communicatif, malgré les carnages en cours. « Le pain, la liberté et la justice sociale : nous allons les allons les prendre, que ça vous plaise ou non ».

Un leitmotiv qui retentira aussi sur la place Tahrir à nouveau occupée depuis vendredi 18 novembre, malgré les lacrymogènes asphyxiants « made in USA » et les tirs des snipers. Ramy Essam n’a cette fois pas pu être présent lui-même, pris par sa tournée internationale qui l’a mené du Cap (Afrique du Sud) à Stockholm. Mais nul doute qu’il ne tardera pas, dès son retour, à reprendre dans son répertoire les mots d’ordre qui ciblent de plus en plus explicitement le maréchal Tantawi. Un peu partout à travers le pays, le chef du CSFA cristallise désormais la colère populaire contre la « confiscation » du pouvoir. Y compris à Mansoura, la ville natale du manifestant-chanteur, où de multiples grafs muraux dressent déjà la potence du « mouchir ». A voir sur the Delta blog

Mogniss H. Abdallah,
agence IM’média
(Cet article a été publié le 21/11, sur le site de  Med’in Marseille)

A écouter aussi, 2 clips-vidéos musicaux postés sur internet à la veille du rassemblement du vendredi 18 novembre 2011 contre les pouvoirs supra-constitutionnels du CSFA:

One Comment leave one →
  1. Mogniss permalink
    novembre 23, 2011 12:39

    “My dream is to spread the voice of Egypt all over the world. Thank you for helping me in that,” said Ramy Essam when he entered the stage in Stockholm, arriving straight from the airport after a long flight from South Africa where he had received another award, the Freedom to Create Prize, the day before.

    Freemuse Award winner 2011
    Ramy Essam honoured in Stockholm

    On 21 November 2011 the Egyptian singer Ramy Essam received the Freemuse Award 2011 at a ceremony in Södra Teatern in Stockholm, Sweden.

    “A-salaam aleikum. Thank you everyone for waiting for me. I’d like to thank everyone for giving me this chance to be here. And thanks to Freemuse and SKAP especially. I was extremely excited when I heard that I’d receive this award. Any artist would wish to be in my place now.

    I’d like to thank my mum, my stepfather, my sister, and my brother. I wish my dad could have been here with me, but I am sure that he is somewhere, smiling, and proud of me.

    I’d like to dedicate this award to the revolution and the Egyptian protesters. Please, a moments silence for the martyrs.

    My presence here [in Sweden] doesn’t mean that I have forgotten what is happening in Egypt. We have understood that the Egyptian revolution is not finished yet. The 18 days [at Tahrir Square in February 2011] were just the beginning. We will stay protesting in the streets until freedom, democracy and social equality has been approved. I am looking forward to getting back there, so I can be with them.”

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