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Pages blanches contre censure militaire de la presse en Egypte

octobre 8, 2011

Des colonnes blanches contre la censure dans les journaux (c) Blog de Zeinobia

Mercredi 5 octobre 2011, plusieurs journalistes ou écrivains égyptiens ont fait grève de la plume, et fait publier des colonnes blanches dans leur journal, contre le retour en force de l’ingérence de la censure militaire dans la presse et les médias.

Dans le nouveau quotidien indépendant Tahrir, Belal Fadl, Naglaa Bedir et Tarek El-Shenawy ont ainsi laissé leur colonne vide, avec pour seule notice un message commun : « Je n’ai pas écrit aujourd’hui en signe de protestation contre la censure, la confiscation de journaux et la présence de censeurs militaires ».

Les éditorialistes Abdel Rahman Youssef, Akram El-Kasas, Saied El-Shahat et Alaa El-Shafei ont fait de même au journal El-Youm El-Sabee.

D’autres responsables de journaux ont refusé de publier des pages blanches de protestation similaires, notamment à Al Shorouk et Masry Al-Youm, proteste l’écrivain « libéral » Amr Hamzawy.

Des journalistes protestataires se sont rassemblés mercredi midi devant le syndicat des journalistes pour manifester contre la résurgence de la censure militaire et les menaces de plus en plus ouverte à l’encontre des critiques vis-à-vis de l’armée, qu’elles émanent de journalistes professionnels ou de citoyens exerçant leur libre droit à l’information en couvrant des événements publics.

De plus en plus souvent, des manifestants sont ainsi arrêtés et déferrés devant des tribunaux militaires. La veille encore à Nasr City, Sahar Maher, manifestante surprise en train de photographier une scène impliquant des militaires, a été interpellée et devrait comparaitre le 11 octobre. Au même moment, le cinéaste Magdy Kamel a lui aussi été mis en garde à vue et sa caméra confisquée.

Tous deux étaient présents en solidarité avec le bloggueur Maikal Nabil, en grève de la faim. Ce dernier avait été condamné en avril dernier à 3 ans de prison pour « propagation de fausses nouvelles »  : il avait publié sur son blog des témoignages accablants contre la répression des occupants de la place Tahrir le 9 mars et des actes de torture commis par la police militaire. Une affaire embrouillée par ses prises de position anti-militaristes et…pro-israéliennes ! Des positions d’une grande confusion que des bloggueurs se proposent de combattre fermement par la confrontation d’idées, certainement pas par la comparution devant un tribunal militaire et l’embastillement.
Depuis la nomination il y a quelques mois déjà d’un ministre de l’information, le retour à la politique de contrôle pratiqué sous l’ère Moubarak est décrié. Mais les événements se sont accélérés ces dernières semaines, avec notamment la confiscation de journaux (Sout Al-Umma, Al-Fagr & Rose El Youssef… ) des raids contre les bureaux d’Al Jazeera Mubasher Misr, le gel des autorisations d’émettre pour de nouvelles chaînes TV satellitaires et des avertissements solennels adressés à ONTV et Dream TV pour leurs programmes politiques.

Et on se souvient encore des mésaventures de l’animatrice de télévision Dina Abderrahman, virée le 24 juillet dernier pour avoir contrarié des généraux à l’antenne de Dream TV.

Ce durcissement, annoncé avec l’extension en septembre des prérogatives de l’état d’urgence suite à l’attaque de l’ambassade d’Israël au Caire, s’appuie sur l’argument officiel du refus du « chaos médiatique », et sur des lois interdisant toute information relative aux services sécuritaires sans autorisation préalable des dits services. Il y va de la sécurité de l’État.

Difficile dans ces conditions de publier une quelconque critique allant dans le sens de la purge réclamée de ces services. Y compris à propos de leur ex-patron, Omar Soleiman. Et cela, dans l’affaire Sout Al-Umma, pile-poil au moment ou ce dernier comparaissait comme témoin au procès de Moubarak père & fils et de l’ex-ministre de l’intérieur. Une comparution à huis clos, devant un tribunal, civil celui-là, désormais fermé à la presse sur ordre du président de la cour. On ne saura donc officiellement rien ni sur la déposition d’Omar Soliman, ni sur l’audition du maréchal Tantawi.

Cependant, des journalistes parmi lesquels Mohamed el Garhy ( quotidien Tahrir, Mansheet TV show sur ONTV), réussiront à exfiltrer des informations sur la teneur supposée de ces auditions et contourneront l’interdiction de publication dans les médias en les divulguant via tweeter.

Exit aussi l’exigence de purger les médias ? Les journalistes protestataires dénoncent la présence physique de censeurs militaires au sein même de la maison d’édition d’Al Ahram, rue El-Galaa, où sont imprimés tous les journaux.

D’évidence, cette logique de mise sous tutelle des médias par l’armée ne pourra prendre fin qu’avec le retour des militaires dans leur caserne, la levée effective de l’état d’urgence et la remise du pouvoir aux civils. Actuellement, on n’en prend pas la direction. Aussi, ces revendications retentiront de nouveau avec force place Tahrir et partout ailleurs où le pays est mobilisé.

Entre-temps, il y a aussi beaucoup à faire au sein même de la société civile pour changer mentalités et pratiques, y compris au sein de la corporation des journalistes. Pensez-donc : il se trouve au sein du syndicat des journalistes des dirigeants qui se prévalent de la loi n° 76/1970, pourtant rarement appliquée, pour contester la légitimité du tout nouveau syndicat indépendant des journalistes. Et que dit cette loi ? Elle interdit le travail journalistique à ceux qui ne sont pas inscrits au syndicat, et prévoit une peine de prison à quiconque transgresse cette condition. Tout cela pour empêcher les « faux journalistes » de prospérer. « Faux journalistes », mais « vrais » espions, agents du « chaos » ?

par Mogniss H. Abdallah
agence IM’média

2 commentaires leave one →
  1. Mogniss permalink
    octobre 8, 2011 9:15

    Le rassemblement du 5/10/2011 des journalistes devant syndicat des journalistes en images:

    http://www.youtube.com/watch?v=OQr3x5-NkzM&feature=player_embedded

    وقفة احتجاجية امام نقاية الصحفين تندد بتدخل العسكرى فى حرية الصحافة

  2. octobre 9, 2011 9:51

    Une manifestation des Coptes tourne à l’affrontement au Caire: au moins 19 morts
    Publié le 09-10-11 à 20:50 Réagir
    • REAGIR
    LE CAIRE() — Au moins 19 personnes, 16 manifestants et 3 soldats, ont été tués dimanche soir dans des affrontements au Caire, déclenchés lorsque des assaillants non-identifiés s’en sont pris à une manifestation rassemblant des milliers de Coptes qui dénonçaient les récentes attaques contre des églises dans le sud de l’Egypte.
    Selon les responsables de la sécurité et des hôpitaux, les affrontements, qui se sont étendus à la place Tahrir voisine et au quartier environnant, ont fait également plus de 40 blessés.
    Plusieurs véhicules militaires ont été incendiés, on entendait des tirs et une épaisse fumée noire s’élevait sur les bords du Nil, non loin du bâtiment de la télévision publique.
    La manifestation avait débuté dans le quartier de Shoubra (nord du Caire), avant de gagner le Nil, où se dresse le siège de la télévision. C’est là que des hommes en civil, non identifiés, s’en sont pris aux manifestants à coups de gourdins.
    La police anti-émeutes a ensuite maintenu la foule à distance de la tour de la télévision, tirant des grenades lacrymogènes contre des centaines de manifestants, qui ont lancé des pierres sur les soldats.
    « L’Egypte est notre pays », scandaient les manifestants, et « le peuple veut renverser le maréchal » référence au maréchal Hussein Tantaoui, qui préside le Conseil militaire au pouvoir.
    Les Coptes accusent la junte de ne pas traiter avec suffisamment de sévérité une série d’attaques visant la minorité chrétienne, les Coptes, qui sont environ 10% des quelque 80 millions d’Egyptiens.
    Alors que l’Egypte vit une transition chaotique après le soulèvement qui a renversé le président Hosni Moubarak, les Coptes s’inquiètent de l’importance croissante des courants salafistes, islamistes ultra-conservateurs dans le pays.
    Ces dernières semaines, des émeutes ont éclaté autour de deux églises de Haute-Egypte, déclenchées par des musulmans furieux de la construction d’une nouvelle église. Près d’Assouan, une émeute a éclaté bien que les responsables de l’église aient accepté les exigences des salafistes locaux, qui réclamaient qu’une croix et des cloches soient retirés de l’édifice religieux.
    La semaine dernière, les forces de l’ordre avaient eu recours à la force pour disperser une manifestation similaire devant le bâtiment de la télévision, mécontentant la communauté copte, qui a juré de revenir manifester jusqu’à obtenir gain de cause. Les Coptes réclament la reconstruction de l’église, des compensations pour ceux dont les maisons ont été incendiées et que les auteurs des violences soient jugés.
    Par ailleurs, le conseil militaire au pouvoir a ordonné l’arrêt des procès de civils devant des juridictions militaires, connues pour prononcer des jugements durs et expéditifs. Le recours à des tribunaux militaires avait suscité de nombreuses contestations. Selon les organisations de défense des droits de l’homme, au moins 11.000 civils ont été jugés par la justice militaire depuis février et l’éviction de Moubarak.
    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___Egypte_le_Premier_ministre_appelle_a_ne_pas_ceder_aux_appels_a_la_sedition091020112110.asp

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