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L’actu croquée par Latuff – FLAGMAN – FLY LIKE AN EGYPTIAN !

août 25, 2011


« Aujourd’hui, je suis fier d’être Égyptien ! ». Cette proclamation ostentatoire, réaffirmée par intermittence à chaque rebondissement de la révolution populaire débutée le 25 janvier 2011, a de nouveau été entendue à chaque coin de rue depuis l’exploit de « Flagman », le « porte-drapeau » égyptien en passe de ringardiser le célèbre Spiderman des Marvel Comics, même dans sa version afro-latino qui cet été a fait s’étrangler d’indignation les conservateurs U.S : « Un Spider-Man noir ! »

« Flagman »  est ce jeune égyptien qui, samedi 20 août, sous les acclamations de la foule a escaladé mains nues la façade du bâtiment de 21 étages de l’ambassade israélienne au Caire pour arracher le drapeau frappé de l’étoile de David et le remplaçant par l’emblème national égyptien, qui dans un tel contexte, a pris des airs majestueux

 « Le peuple veut l’expulsion de l’ambassadeur israélien »

Plusieurs milliers de manifestants au Caire, mais aussi à Alexandrie, Fayoum, Beheira, Ismaïlia, Suez, Mansoura, Louxor et ailleurs, se sont rassemblés spontanément pour protester contre la mort de six policiers ou soldats tués en territoire égyptien par des militaires qui, selon les Israéliens, étaient lancés à la poursuite des assaillants d’Eilat (où une opération militaire d’origine encore inconnue a fait jeudi 18 août une quinzaine de morts, dont huit côté israélien). Lire  « Who needs Spiderman? We have Flagman! »

Les manifestants sont là pour clamer haut et fort qu’avec la nouvelle Égypte, le temps de l’impunité sioniste et de l’impuissance face aux agressions est terminé. Ils réclament des sanctions immédiates, l’expulsion de l’ambassadeur de l’entité sioniste, le rappel de l’ambassadeur égyptien à Tel Aviv, et l’arrêt de la collaboration d’État à État symbolisée par les accords de Camp David de septembre 1978, le traité de paix égypto-israélien de 1979 et, plus prosaïquement, par les livraisons de gaz à des prix inférieurs à ceux du marché. Il n’est d’ailleurs pas anodin de rappeler que les conditions illégales de ces livraisons sous l’ère Moubarak constituent dans le cadre de son procès en cours, une des charges à l’encontre du « pharaon » déchu.

Al Karama – l’indépendance nationale, une question de Dignité

Face à la mobilisation de la rue, et à cette éclatante démonstration que la question de la dignité et de l’indépendance nationale ainsi que de la solidarité avec la Palestine est bien une des pierres angulaires de la révolution, indissociable des revendications de liberté, de démocratie et de justice sociale, le pouvoir fait mine de répondre en annonçant le rappel de l’ambassadeur. Le premier ministre Essam Charaf a de son côté déclaré sur sa page Facebook officielle que « le sang de l’Égyptien est trop cher pour être versé sans réponse ». « Notre glorieuse révolution a eu lieu pour que l’Égyptien puisse regagner sa dignité à l’intérieur comme à l’extérieur, et ce qui était accepté dans l’Égypte d’avant la révolution ne le sera plus dans l’Égypte d’après la révolution ».

Cependant, les manifestants ne se satisfont plus de déclarations de principe sans lendemain, et se montrent exaspérés par les signaux contradictoires envoyés par le gouvernement. Le rappel de l’ambassadeur, n’était-ce qu’un bluff ? se demandent-ils. Une exaspération qui déteint sur une grande partie du nouveau sérail politique qui, de Baradeï aux Frères musulmans, emboîte le pas aux manifestants anti-israéliens pour dire que le pouvoir est resté trop timoré dans sa réaction à l’agression et aux vagues « regrets » israéliens.

Mais in fine, ce qui importe pour eux, c’est que « le pouvoir est dans la rue ». La rue doit dicter la voie à suivre. Il leur appartient donc  de ne plus assister passivement aux valses-hésitations diplomatiques. Tout le monde sait que l’armée a un fil à la patte : celui des 2 milliards de dollars d’aide américaine, qu’un représentant U.S. a de nouveau explicitement conditionné au maintien des accords de paix pré-cités. Mais les manifestants savent aussi qu’ils ne peuvent plus se gargariser de mots et de vaines postures incantatoires. Le spectaculaire exploit de Flagman, aussi symbolique soit-il, tombe alors à point nommé. En effet, devant l’ambassade, tout le monde piaffe d’impatience, scande des slogans avec la volonté d’en découdre, mais de là à passer concrètement à l’action, il y a un moment d’hésitation. Surgit alors « Flagman ». « Le peuple veut descendre le drapeau israélien » ? « Et bien, descendons-le ! » se dit-il, pragmatique. Et voilà qu’il se lance en solitaire, spontanément, dans l’escalade du bâtiment sous les yeux ébahis de la foule et de la sécurité, les bras ballants. Chose dite, chose faite. « Just do it ». Cette devise, « Flagman » l’affichait déjà  – volontairement ? – sur son T-shirt lorsqu’il grimpait sur les lampadaires géants de la place Tahrir. Son initiative, individuelle, est en symbiose avec la volonté commune. Aussi, une fois redescendu, il n’a pas « pris la fuite » comme le racontent des médias occidentaux (dont RTL belge, paresseusement repris par le Monde.fr ). Bien au contraire. Mollement intercepté par les bérets rouges de la police militaire, il est aussitôt libéré par la foule qui le porte en triomphe. Un béret rouge a juste le temps de lui faire une bise, l’air de dire « bravo mon gars ».

 Ahmed Shahat, jeune « superhéros » modeste

Depuis, toute l’Égypte connait son nom : Ahmad Shahat. Les médias s’arrachent ce jeune de 23 ans, ouvrier dans le bâtiment originaire du gouvernorat de Charkia, d’apparence timide et modeste. Intrônisé superhéros du jour, il proteste sur les plateaux TV, déclarant simplement : «Je ne suis pas un héros. L’héroïne, c’est l’Égypte « koulaha », toute l’Égypte. »

Ahmad Shahat se défend d’être un superhéros, et même d’être un « super-militant ». Il déclare qu’il se rendait régulièrement place Tahrir pour la prière du vendredi, puis qu’il y restait avec des amis, pour discuter, ou alors il grimpait les lampadaires en solitaire pour agiter « son » drapeau, celui de l’Egypte. Sans plus.  Vendredi 19 août, la place Tahrir est verrouillée par l’armée qui veille pour empêcher tout nouveau sit-in. Un ami lui propose alors d’aller devant l’ambassade d’Israël à Guiza, qui devient le lieu de convergence révolutionnaire du moment. La suite, on la connait.

A travers cet héros ordinaire, la révolution égyptienne révèle sa capacité à entretenir sa flamme et à produire sa propre mythologie, avec souvent une forte dose d’humour : ainsi, des pages Facebook ont-elles commencé à fleurir avec des intitulés parfois burlesques, comme « Le peuple veut Ahmad Shahat ministre de l’aviation », sans doute un ultime pied de nez à Moubarak, ancien pilote et officier de l’armée de l’air !

Au-delà des frontières égyptiennes, « Flagman » enthousiasme la rue arabe.

L’idée que la mobilisation de la rue arabe oblige les Israéliens à la « retenue » fait aussi son bonhomme de chemin, comme l’écrit Ali Abunimah dans « How protests against Israel (and Flagman ) saved lives in Gaza » sur son blog The Electronic intifadah.

Selon lui, donc, la mobilisation populaire égyptienne a contribué à éviter un nouveau carnage à Gaza. Pour combien de temps ? Cela dépendra sans doute de la poursuite de cette mobilisation dans la durée. C’est une des raisons pour lesquelles des mouvements comme le 6 avril, parmi bien d’autres, maintiennent sit-in et manifestations anti-israéliennes, et appellent à de nouvelles initiatives de masse. Sans oublier bien sûr les questions « intérieures ». Que ce soit la situation dans le Sinaï où se déroule depuis le 12 août « l’opération Aigle », un redéploiement de troupes et de tanks de l’armée égyptienne pour « sécuriser » une péninsule paraît-il en proie aux islamistes d’al-Qaïda et aux « hors-la-loi » depuis l’effondrement du carcan sécuritaire de l’ère Moubarak. Nous y reviendrons. Ou encore la situation sociale : de nombreux mouvements de grèves continuent à agiter le pays, pour réclamer encore et toujours l’éviction des directions managériales corrompues, des conditions de travail et des salaires plus décents. Les travailleurs du rail et les conducteurs de bus sont à nouveau en première ligne, ainsi que les ouvriers du pétrole et du gaz. Ces derniers incluent dans leurs revendications le refus de l’exportation de gaz à Israël, exprimant par là-même le lien entre question sociale et dignité nationale. Une manière aussi de contester les manœuvres de ceux qui agiteraient le sentiment populaire anti-israélien dans le seul objectif de faire diversion, au moment où la remise en cause de la gestion autoritaire par l’armée des affaires de l’Etat et de la justice se fait plus pressante.

Mogniss H. Abdallah

Sur le même sujet, lire sur le blog culture et politique arabes : « Les héros arabes sont fatigués : place aux jeunes ! » (plein de de références utiles)

Retrouvez aussi dans ce post « Tahrir, la rentrée« ,  le récit de cette journée de mobilisation contre les atteintes à la liberté (« Non aux tribunaux militaires ») et les analyses de Snony (un blogueur français vivant au Caire)

2 commentaires leave one →
  1. Mertoum permalink
    septembre 5, 2011 8:55

    Voici le récit en photos du rassemblement devant « L’ambassade dans l’immeuble » (السفارة في العمارة) : http://english.ahram.org.eg/NewsContentMulti/19546/Multimedia.aspx

Trackbacks

  1. Quid des acteurs culturels des révolutions du monde arabe dans l’édition 2011 de la fête de l’Huma ? «

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