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Lettre d’Egypte n°8 – Retours sur la fête des travailleurs du 1er mai entre amertume, désunion et nouvelle combativité ouvrière

mai 7, 2011

Que se passe-t-il en Égypte ? Transition démocratique ou contre-révolution ? Le comité Égypte en lien étroit avec les acteurs de la « société civile révolutionnaire » en Égypte vous informe au jour le jour du processus en cours…

La fête des travailleurs organisée le 1er mai place Tahrir par les syndicats indépendants a mal tourné. Selon al-Badil (en arabe), près de 10 000 personnes ont participé à la manifestation dès 13 heures. Aux membres des syndicats libres, se sont joint ceux des partis de la gauche (Parti de l’alliance populaire socialiste ou le PAPS, Parti du travail, Parti socialiste égyptien et le Parti communiste) qui ont distribué tracts et programme. Un nouveau parti, le Parti communiste, interdit depuis plus de 50 ans, a également annoncé sa création. Sur la renaissance du parti communiste voir ce  reportage (en anglais).« Ouvriers, employés, fonctionnaires, artistes… Tous ces gens étaient présents dans leur immense majorité dès le début de la Révolution. Mais cette fois, ils sont venus avec leurs organisations syndicales, celles qu’ils viennent de constituer ou celles qui s’étaient formées dans la clandestinité auparavant. Dans tous les cas les banderoles arborent fièrement le titre de niqâba moustaqilla (syndicat indépendant) » raconte snony dans son récit illustré d’un 1er mai historique.

Et encore la banderole des comités populaires de défense de la révolution / (c) Josiane Bellot.

En plus des discours et des défilés autour de la place, un concert était prévu à 17 heures avec le chanteur Ali El Haggar. Une grande scène a été dressée à cet effet. Des jeunes se réclamant de la coalition de la révolution du 25 janvier se sont opposés avec force à la tenue de ce concert, finalement annulé afin d’éviter tout affrontement violent.

Le lendemain, la presse et les protagonistes ont dénoncé l’assaut prémédité des voyous  et des usurpateurs contre la révolution. Des témoins plus neutres ont essayé d’expliquer les causes réelles de cet incident. Selon eux, le malentendu originel est dû à la présence du ministre de la production militaire, envoyé par le Premier ministre, pour prononcer un bref discours. Cette intervention fit croire à une manifestation officielle soutenue par la confédération officielle des travailleurs. Cette confusion a été renforcée par le faste de la scène de concert, provoquant les jeunes marginalisés et les familles des martyrs toujours pas indemnisées.

En effet, cette période post-révolutionnaire révèle des disparités entre les jeunes blogueurs, instruits, ayant un travail assuré et possédant un ordinateur, et les jeunes chômeurs, peu éduqués, travaillant de façon précaire, habitant les banlieues informelles des villes. Ces derniers ont fourni le gros des bataillons des martyrs. Ce sont eux qui se trouvaient place Tahrir la nuit du 8 au 9 avril. Eux, qui ont subi l’assaut des forces militaires. Ils se sentent rejetés et sont aigris par l’absence de soutien des forces démocratiques depuis le 9 avril. Leur manque de maturité politique, leur vulnérabilité, les rendent aussi manipulables par les forces anti-révolutionnaires. Bref, une certaine confusion demeure, alimentée par des témoignages contradictoires : comment une cinquantaine de personnes a-t-elle pu imposer son diktat à une dizaine de milliers ?

Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas un jour sans qu’une bande de voyous ne prenne d’assaut une manifestation politique ou culturelle et ne l’empêche de se dérouler par la force. La veille du 1er mai, le même scénario s’est reproduit  au centre culturel de Sekkiet El Sawi. A-t-on affaire à une jeunesse désenchantée ou à des voyous poussés par l’ex-PND ? Probablement les deux, d’après les partis de la gauche et le PAPS. A ce propos vous pouvez aussi lire « Le bâton et la pancarte » de Nadia Kamel.

Une banderole non signée réclamant le Smig à 1500 L.E. /(c) snony.wordpress.com

Mouvement social : syndicat indépendant des pêcheurs et grève des médecins à partir du 10 mai

  • Selon les journaux El Badil et Al Yom El Sabe’i (en arabe), la contestation sociale se multiplie dans tous les gouvernorats : revendications salariales, appel au départ des représentants corrompus de l’ancien régime. Chaque jour des syndicats indépendants se créent, le dernier né est celui des pêcheurs qui exploitent le lac Borollos, situé au nord de Égypte.
  • Pour la première fois en Égypte, les médecins font grève. Ils ont déposé un préavis pour le 10 mai, reconductible le 17 mai, si le gouvernement ne leur donne pas satisfaction. Pour parer à l’impopularité de la grève, le comité a souligné que :
  1. cette grève va dans l’intérêt des malades, car elle demande l’amélioration de la qualité des soins, de l’environnement hospitalier, très en dessous des normes internationales en termes de moyens, de fonctionnement, de sécurité, de personnel qualifié, de salubrité des locaux, etc.
  2. il réclame l’augmentation du budget de l’Etat pour la santé de 4% aujourd’hui à 15% , et l’extension de la couverture médicale à tous les citoyens .
  3. l’augmentation des salaires des médecins, inférieurs à ceux des femmes de ménage.
  4. le départ de l’actuel ministre de la santé et de l’ensemble des responsables corrompus liés au PND, tenus responsables de la ruine de la  santé  d’une grande partie de la population.
  5. Les services d’urgence et les malades en état critique ne seront pas concernés.

Appel à la grève du 10 mai, reconductible le 17 mai

Page facebook du mouvement
Débats télévisés avec les médecins

Partis : Frères musulmans et alliances de gauche.

  • La confrérie des frères musulmans vient de fonder le parti de l’égalité et du développement. De nombreux observateurs et journalistes ont salué cette création, tout en se demandant le degré d’indépendance du parti avec la confrérie pour la prise de décision, les orientations, l’organisation.
  • Deux des quatre partis de gauche, l’Alliance populaire socialiste et le Parti socialiste égyptien ont formé une alliance de gauche pour faire face à la contre-révolution.
  • Découvrez les images d’un meeting à l’initiative de l’alliance populaire socialiste  à Alexandrie : 1èrer partie, 2e partie, 3e partie (intervention du vétéran syndicaliste ouvrier ‘amm Fathallah Mahrouss, on reconnaitra aussi Fatma Ramadan, syndicaliste et militante très active) , 4e partie,

Politique étrangère : réconciliation palestinienne, Iran, partage des eaux du Nil

La diplomatie régionale et africaine, menée par les instances officielles et populaires, a permis à  Égypte de retrouver rapidement sa place sur la scène internationale :

  • Pour preuve, la récente réconciliation entre les deux factions palestiniennes rivales, Fatah et Hamas, ratifiée par un premier accord, signé au Caire le 4 mai.
  • Par ailleurs, la reprise des relations diplomatiques avec l’Iran affiche une volonté  d’indépendance vis-à-vis des États-Unis, de l’Arabie Saoudite et d’Israël

Mais la grande victoire vient de la diplomatie populaire sur la question du partage des eaux du Nil entre pays riverains. Les négociations entre la délégation égyptienne, conduite par les candidats à la présidence, et le gouvernement éthiopien ont permis le report de la signature des accords, initialement prévue en juin, à septembre, après les élections parlementaire et présidentielle.

Galila el Kadi et la rédaction
Le 5 mai 2011

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