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La Lettre d’Egypte n°4

avril 10, 2011

Que se passe-t-il en Égypte ? Transition démocratique ou contre-révolution ? Le comité Égypte en lien étroit avec les acteurs de la « société civile révolutionnaire » en Égypte vous informe au jour le jour du processus en cours…


Vendredi 8 avril 2011 : rassemblement monstre pour la « journée de l’épuration et du jugement »

Intitulée « le vendredi du jugement et de l’épuration », cette nouvelle journée d’action portait neuf revendications dont le jugement de l’ex-président Moubarak et de ses collaborateurs, l’arrêt de l’état d’urgence, la formation d’un conseil présidentiel, la réforme de la loi sur la création des partis, la déchéance des gouverneurs et des conseils des collectivités locales.

Contrairement au vendredi 1er avril, les Frères musulmans ont participé à la manifestation qui a réuni selon les organisateurs tout au long de la journée près d’un million de personnes et a rappelé les grandes manifestations du début de la révolution. Tous les nouveaux partis, en instance de reconnaissance, avaient leurs tribunes et distribuaient leurs tracts. Comme la semaine précédente, des magistrats poursuivaient la simulation du procès du président déchu.

Partage des eaux du Nil

L’activiste Georges Ishak, ex-responsable du mouvement Kéfaya, a rendu compte de sa visite en Ouganda, où il était accompagné de trois candidats à la présidence, le conseiller Hisham Bastawissi, le chef du parti nassérien Hamdine Sabahi, et Ayman Nour , chef du parti El Ghad. Cette visite avait pour objectif de reprendre le dialogue avec les pays riverains du Nil, pour tempérer les rapports tendus entre l’Egypte et les pays du bassin concernant le partage des eaux. Rappelons que ces pays avaient signé il y a près d’un an, un traité qui remettait en question la quote-part de l’Egypte dans le partage des eaux du Nil, et fut rejeté par le Soudan et l’Egypte. N’ayant pas ratifié encore ce traité, l’Ouganda peut jouer le rôle de médiateur entre l’Egypte et les autres pays afin de trouver une solution qui permette à l’ensemble des pays du bassin du Nil de monter des projets en commun. M. Ishak a souligné l’estime que les Ougandais ont pour l’Egypte de Nasser qui avait offert son aide technique pour la construction d’un barrage dans ce pays. Il a déclaré par ailleurs le regain de confiance et d’estime acquis par l’Egypte en Ouganda depuis la révolution.

Une remise en cause -risquée- de l’armée

L’événement de cette mobilisation fut le discours de huit jeunes militaires se définissant comme les « jeunes officiers de la révolution ». Ils ont été hués par les Frères musulmans et chassés de la tribune centrale suite à leurs propos jugés diffamatoires envers les généraux de l’armée. Ces propos visaient en particulier le chef d’Etat major Tantawi, accusé de corruption, mais ils ont été moins mal accueillis par les discours qui ont suivi.

L’attitude de ces militaires, qui ont ensuite tous été arrêtés, demeure une énigme. Oser parler en treillis sur la place Tahrir et accuser ouvertement l’armée, en sachant être condamné à une arrestation et un jugement sévère, n’est pas prendre  un risque inconsidéré ? S’ils ont des collaborateurs au sein de l’armée et préparent un coup d’Etat, ils s’y seraient pris autrement. A quoi peut servir leur ralliement ostentatoire aux manifestants et des propos que tout le monde a indirectement décrié ? D’autres slogans hostiles à l’armée ont aussi été brandis aujourd’hui comme la semaine précédente, à cause de l’attitude ambiguë de l’armée vis-à-vis de l’ancien régime et de la lenteur des réponses apportées aux revendications principales de la révolution. Cependant personne ne souhaite actuellement un affrontement direct avec l’armée qui, sous la pression de l’opinion, fait chaque jeudi une concession supplémentaire appelée « les cadeaux du jeudi ».

De nombreuses initiatives sont actuellement en cours afin de coaliser les forces en présence et de soutenir les pressions sur l’armée plus efficacement. La dernière en date, lancée par la conseillère d’Etat Tahani El Gébali, appelle à la formation d’une assemblée constituante.

Galila El kadi

En savoir plus ici, cette vidéo, en arabe, a été visionnée plus de 100 000 fois et a généré plus d’un millier de commentaires …

Sur fond de montée de la tension, les manifestants s’enhardissent :  « Il faut juger Moubarak maintenant ! »


Dans la nuit de vendredi à samedi, la police militaire a tenté de déloger les manifestants qui se sont installés pour un sit-in permanent sur la place Tahrir « jusqu’au jugement effectif de Moubarak et de ses complices ». Des affrontements violents s’en sont ensuivis, au cours desquels au moins deux personnes ont été tuées et 18 autres blessées, selon des sources citées par l’agence Reuters. Au moins 42 personnes ont été arrêtées et devraient comparaître lundi 11 avril 2011 devant un tribunal militaire pour violation du couvre-feu nocturne qui reste en vigueur. Les familles appellent à une solidarité urgente avec ces détenus.

Samedi matin, des milliers de personnes ont a nouveau convergé vers la place pour maintenir la pression et réitérer leurs revendications. Parmi eux, des officiers contestataires de l’armée, qui n’ont pas tous été arrêtés, et dont l’initiative suscite un début de controverse.

Dans un souci d’apaisement, le conseil supérieur des forces armées (CSFA), par la voix du général Ismaïl Etman, a répété qu’il est toujours aux côtés de la « jeunesse révolutionnaire » et a annoncé que des poursuites judiciaires sont bien diligentées  à l’encontre de plusieurs caciques de l’ancien régime, dont Safwat El Sharif, ex-patron du parti honni, le PND. Il a aussi promis le changement de plusieurs gouverneurs impliqués dans des affaires de saisies et de ventes illégales de terrains agricoles appartenant à l’Etat, ainsi que la dissolution des conseils municipaux notoirement connus pour leur corruption. Mais il a demandé à la jeunesse et au peuple de laisser à la justice le temps de suivre son cours.

Dimanche 10 avril, un millier de manifestants est encore là, place Tahrir, toujours très remonté contre une justice « endormie » face à la corruption, mais très expéditive pour condamner les manifestants. Et dans les discussions de plus en plus vives, la contestation de l’emprise des militaires sur la société, aussi « transitoire » soit-elle, conduit les manifestants à réclamer l’instauration sans attendre d’un état de droit ou, à tout le moins, d’un partage du pouvoir entre militaires et civils, « dès maintenant « .

Dans la journée, la chaîne Al Arabiya a diffusé un message sonore de Moubarak – le premier depuis sa destitution le 11 février – dans lequel il dément avoir accumulé biens et richesses. Une intervention sur la chaîne émiratie qui tombe au moment même où des informations persistantes – également évoquées par le général Etman du CSFA – font état de pressions de la part de certains pays du Golfe pour ne pas juger Moubarak…

La rédaction
Paris, le 10 avril

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