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Egypte – et maintenant la grève !

février 9, 2011

Le 9 février 2011 marque un nouveau tournant du soulèvement égyptien. Environ 10 000 personnes occupent toujours la place Tahrir, et 2 000 manifestants ont commencé le siège du Parlement dont ils réclament la dissolution, avant de nouvelles élections libres pour une Assemblée constituante. Pendant ce temps, un mouvement de grève s’est étendu aux usines, dans les campagnes et dans les services publics.
Ceux qui s’était réjoui de l’échec de l’appel à la grève générale du 31 janvier, trop « politique », ont dû déchanter. Les personnels des services publics réquisitionnés pour casser le mouvement se rebiffent à leur tour : les employés des chemins de fer, échaudés par l’ordre des autorités de stopper le trafic ferroviaire pour empêcher les manifestants de rejoindre la capitale, ont occupé les voies pour réclamer des augmentations de salaires, de meilleures conditions de travail et davantage de respect. Ils ne veulent plus être réduits au rôle de simples supplétifs complices des « baltaguiyas ». Les conducteurs de train et les chauffeurs de bus annoncent à leur tour une grève jeudi, pour les mêmes raisons. Ici ou là, des comités populaires se constituent sur les lieux de travail pour conjurer les provocations.
De leur côté, des dizaines de fonctionnaires des musées exigent de meilleurs salaires et davantage de moyens, dénonçant la réduction des budgets et s’interrogent sur où est passé l’argent d’un secteur – celui des Antiquités – prestigieux. La fin de la corruption se retrouve ainsi au coeur de nombreuses grèves. A Mahalla-El-Koubra, bastion ouvrier du textile, par exemple, les grévistes dénoncent un management corrompu et le détournement de l’argent d’une entreprise aux comptes déficitaires alors que sa productivité est conséquente. Au Caire, des centaines d’électriciens de la South Cairo Electricity company réclament la démission de son directeur.
L’industrie pétrolière est touchée à son tour, et des grèves illimitées ont éclaté à Alexandrie, Port Saïd et Suez. Dans cette ville marquée par de violents affrontements avec la police fin janvier, près de 5 000 travailleurs de diverses entreprises – y compris les chantiers navals – ont fait grève sur leur lieu de travail.

Les mal-logés et les paysans s’y mettent aussi.

A Port-Saïd, 300 mal-logés d’un bidonville ont incendié le bâtiment du gouvernorat pour protester contre l’absence de construction de logements décents, puis ont installé un campement sur la place des Martyrs, en plein centre-ville. La police, elle, semble ici en pleine déroute. Ailleurs, la colère monte contre les exactions policières des jours passés, qui ont provoqué la mort de 5 personnes dans l’oasis de Kharga, dans le sud. Enfin, près d’Assiout, quelques 8 000 paysans et chômeurs ont dressé des barricades de palmiers enflammés sur l’autoroute et les voies ferrées, et ont caillassé la voiture du gouverneur qui a pris la fuite. Leur revendication ? Du pain !

Du pain. La liberté et la dignité. Un emploi ou un revenu décents. Des logements pour tous. La fin de la corruption. Une redistribution équitable des ressources et des richesses. Autant de revendications populaires maintes fois répétées place Tahrir. Pourtant, des journalistes continuent à demander si les grévistes sont vraiment solidaires des manifestants du Caire, comme s’ils doutaient encore de la convergences des luttes sociales et politiques contre le régime et le système Moubarak.

Synthèse de Mogniss

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